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À Nijinsky

 

O Nijinsky, toi qui es chrysalide,
Des fils de soie emprisonnent tes jours.
Qui trouvera celui de l’origine
Pour délivrer ton corps de ces atours ?
 
Nul dévidoir pour libérer tes ailes,
O papillon, que tu voles encor !
Dans ton cerveau, tu danses pour toi-même
Immatérielle – une danse de mort.
 
Un rideau mauve est tombé sur ta vie.
Le grand soleil de ta gloire d’hier
Vient y mourir éclaté de folie
Et ton corps tourne aux feux de l’univers.
 
Ton corps s’enivre au-dessus de ce monde !
Les fils confus de tes danses mêlés
Par ta démence à la noirceur des ombres
Roulent sans fin sous ton regard fermé.
 
Si svelte et beau, ton corps... Ah, qu’il renaisse !
Que ton cœur batte, athlète du passé !
Comment revivre ? Tes pas pirouettent !
Le temps aveugle a les deux yeux crevés.
 
O Nijinsky, danse, Ame de la rose,
Dieu de l’envol, ô mon fuseau tournant,
Frère fragile élevé sur les aubes
Et flottant là comme un cercueil volant
 
Où dormirait le grand Christ de la lune !
Nijinsky, danse ! Oh, danse, Nijinsky !
Démêle enfin la touffe d’infortune :
Ton âme est là sur la scène où tu vis...
 
O Petrouchka, ton destin te domine.
Une araignée immonde est ton présent !
Ni le fouet, les baisers, les suppliques
Ne peuvent rien : elle suce ton sang.
 
Et la folie, artiste aux mains de reine,
Sur ton visage a sculpté son rictus.
L’œil pétrifié, tu ne vois qu’en toi-même
Une marmite où bouillonne un fœtus.
 
Cette lueur sera-t-elle éternelle ?
Regardes-tu la guerre en ton cerveau
Entre le monde étrange de tes rêves
Et le réel ? – La mort ronge tes os !
 
Art de la danse, ô papillon des choses,
Tu es resté son amant dans la mort.
Tu l’as suivi, glissant comme une rose,
Vers le trou noir où s’est posé son corps.
 
Ou bien là-haut, dans un espace immense,
Sur une scène au décor étoilé,
Tu vis toujours et tournes dans ta danse
Dans l’apparence au goût d’éternité.
 
 
 
 

Zoltán Jékely

 
 
Dance Poetry
A comprehensive anthology
Edited by Alkis Raftis
Copyright 2012

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